14ᵉ CONFÉRENCE PANAFRICAINE SUR LES FLUX FINANCIERS ILLICITES ET LA FISCALITÉ
THÈME : « FAIRE PROGRESSER UN PROGRAMME TRANSFORMATEUR DE JUSTICE FISCALE POUR L’AFRIQUE ».
DISCOURS D’OUVERTURE DE MONSIEUR CHEIKH DIBA, MINISTRE DE L’ÉCONOMIE, DES FINANCES ET DU PLAN
Dakar,Le 30/09/2026
- Mesdames et Messieurs les Ministres,
- Mesdames et Messieurs les représentants des institutions panafricaines et internationales,
- Madame Chenai MUKUMBA, Directrice Exécutive de Tax Justice Network Africa,
- Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux des administrations fiscales,
- Mesdames et Messieurs les représentants de la société civile, du monde académique et du secteur privé,
- Honorables invités,
- Mesdames et Messieurs,
C’est un réel plaisir et un grand honneur pour moi de présider, au nom de Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République du Sénégal, la cérémonie d’ouverture de la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité.
Le Sénégal est aujourd’hui particulièrement heureux d’accueillir ce rendez-vous majeur consacré à des enjeux déterminants pour l’avenir économique et financier de notre continent.
Je souhaite à toutes et à tous la chaleureuse bienvenue à Dakar, terre de la Téranga, du dialogue, de la coopération et de l’engagement panafricain.
Je remercie la « Tax Justice Network Africa » ainsi que l’ensemble de ses partenaires pour la constance de leur engagement en faveur de systèmes fiscaux plus justes, plus transparents et davantage orientés vers les priorités de développement de l’Afrique.
Mesdames et Messieurs,
Le thème retenu pour cette quatorzième édition, « Faire progresser un programme transformateur de justice fiscale pour l’Afrique », s’inscrit dans une réflexion patiemment construite au fil des précédentes éditions.
Depuis 2022, de Lusaka à Johannesburg, chaque conférence a été le creuset d’une étape importante dans la construction de systèmes fiscaux plus robustes, capables de soutenir les ambitions de développement de nos pays.
Un bref rappel de ces différentes étapes permet de mesurer le chemin parcouru et de mieux apprécier la portée de notre rencontre à Dakar.
En 2022, à Lusaka, la rencontre avait interrogé la place de la justice fiscale face aux multiples crises auxquelles notre continent était confronté.
En 2023, à Accra, elle avait porté l’ambition de faire évoluer la gouvernance fiscale mondiale afin qu’elle réponde davantage aux réalités et aux intérêts de l’Afrique.
En 2024, à Tunis, elle nous appelait à passer des paroles à l’action dans la lutte contre les flux financiers illicites.
L’année dernière, à Johannesburg, dix ans après la publication du rapport du Groupe de haut niveau présidé par Son Excellence Monsieur Thabo Mbeki, elle nous invitait à honorer l’héritage et à construire l’avenir.
Aujourd’hui, en 2026, Dakar doit nous permettre d’aller plus loin.
Le thème de cette édition ne marque donc pas de rupture avec la trajectoire empruntée. Il vient la consolider et la conforter. Il nous invite à transformer les réflexions, les engagements et les avancées réalisées en un véritable programme africain de justice fiscale : un programme porté par nos priorités, fondé sur nos réalités et orienté vers le financement souverain de notre développement.
Notre ambition commune est claire : faire de la fiscalité non plus seulement un instrument de prélèvement, mais également un levier de justice sociale, de souveraineté économique et de transformation structurelle.
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes confrontés à une réalité partagée.
Les ressources sont devenues rares. Les besoins en financement conséquents, notamment dans les secteurs prioritaires : l’éducation, la santé, la protection sociale, les infrastructures, la sécurité alimentaire, l’emploi des jeunes et la transformation productive de nos économies, ainsi que l’adaptation au changement climatique.
Dans le même temps, les marges budgétaires de nombreux États africains se réduisent sous l’effet de l’accumulation des crises, de l’alourdissement de la dette, du coût élevé des financements et du recul de certaines formes traditionnelles d’aide au développement.
Face à cette réalité, une question s’impose : comment financer durablement la transformation de notre continent ?
Une partie essentielle de la réponse réside dans notre capacité à mieux mobiliser, protéger et orienter les ressources générées par nos propres économies.
Or, chaque année, des sommes considérables quittent le continent à travers la fraude et l’évasion fiscale, la manipulation des prix de transfert, la fausse facturation commerciale, le transfert artificiel de bénéfices ou encore le recours à des juridictions opaques.
Les chiffres donnent la mesure du défi. Selon le Rapport 2020 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, les sorties illicites de capitaux en provenance d’Afrique étaient estimées, sur la période étudiée, à 88,6 milliards de dollars par an.
Ce montant était presque équivalent au cumul annuel de l’aide publique au développement et des investissements directs étrangers reçus par le continent.
Dans le contexte de la rareté des ressources que je viens d’évoquer, il est devenu primordial que nous travaillions en parfaite synergie pour renverser cette tendance et préserver les moyens nécessaires au financement de notre développement.
C’est dans cette perspective que le Sénégal œuvre, depuis plusieurs années, au renforcement de son cadre juridique, fiscal et opérationnel de lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites.
En 2021, notre pays a participé aux travaux internationaux relatifs à la mesure des flux financiers illicites, notamment dans le cadre des projets conduits par la Commission économique pour l’Afrique et la CNUCED, conformément au cadre statistique élaboré avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
Parallèlement, le Sénégal a renforcé son dispositif de contrôle des prix de transfert, mis en œuvre la déclaration pays et les obligations de documentation y afférentes. Également, nous avons développé les mécanismes d’échange de renseignements à des fins fiscales et contribué aux principaux instruments internationaux de coopération et de transparence fiscales
Notre administration fiscale occupe, à cet égard, une place centrale dans le dispositif national, grâce aux données fiscales dont elle dispose, au contrôle de la fiscalité internationale et à sa participation aux instances de coopération fiscale.
Les efforts engagés en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération ont également conduit, le 25 octobre 2024, au retrait du Sénégal de la liste des juridictions placées sous surveillance renforcée par le Groupe d’action financière (GAFI),
Cette avancée importante a consacré les progrès accomplis dans la consolidation de notre dispositif de lutte contre la criminalité financière.
Elle ne constitue cependant pas un aboutissement. Elle nous impose, au contraire, de maintenir notre vigilance et de préserver les acquis enregistrés.
À cette fin, le Sénégal a engagé l’actualisation de son Évaluation nationale des risques, renforcé la coordination entre les administrations et les structures compétentes, consolidé son dispositif opérationnel de lutte contre le blanchiment de capitaux et intensifié la supervision fondée sur les risques dans les secteurs concernés
Notre pays a également entrepris de partager son expérience avec d’autres États partenaires. Nous entendons poursuivre cette dynamique par des initiatives de renforcement des capacités en matière de supervision, de méthodologie et d’analyse des risques.
Mesdames et Messieurs,
Cette démarche de coopération repose sur la conviction de notre gouvernement que la nature transfrontalière des flux financiers illicites rend indispensable le renforcement de la coopération entre États africains et entre administrations compétentes.
Nous le savons tous : aucun État ne peut, à lui seul, apporter une réponse complète à des flux qui, par nature, traversent les frontières.
Nos administrations fiscales, douanières et financières doivent disposer des compétences, des technologies et des données nécessaires pour détecter des montages de plus en plus complexes.
Nos dispositifs juridiques doivent évoluer au rythme des transformations économiques.
Notre coopération régionale doit faciliter l’échange d’informations, la coordination de nos actions et la réduction des pratiques de concurrence fiscale dommageable.
Enfin, nous devons davantage parler d’une seule voix dans les instances où se définissent les normes fiscales internationales.
Les négociations engagées aux Nations Unies en vue d’une convention-cadre sur la coopération fiscale internationale constituent, à cet égard, une étape historique.
L’Afrique a joué un rôle déterminant dans l’ouverture de ce chantier. Elle doit demeurer mobilisée afin que les règles internationales tiennent pleinement compte des réalités, des intérêts et des priorités des pays en développement.
Dans cette perspective, j’en appelle à une meilleure mutualisation de nos initiatives, à travers :
- Un accès accru des administrations fiscales africaines aux informations fiscales internationales ;
- la généralisation et l’interconnexion des registres de bénéficiaires effectifs ;
- le renforcement de la coopération au sein des instances africaines de fiscalité et de transparence.
Mesdames et Messieurs,
Cette conférence doit nous permettre de franchir une nouvelle étape.
Nous devons passer de la dénonciation des flux financiers illicites à la mise en œuvre de réponses opérationnelles, de la fragmentation de nos initiatives à une coopération renforcée, et enfin à l’évolution de nos systèmes fiscaux afin qu’ils soient davantage fondés sur l’équité, la confiance et la transformation.
Nos échanges devront ainsi déboucher sur des orientations concrètes pour mieux mesurer les flux, améliorer la disponibilité et l’interopérabilité des données, renforcer les administrations, accroître la transparence, faciliter la récupération des avoirs et consolider la position commune de l’Afrique dans les négociations internationales.
En accueillant cette 14e édition, le Sénégal réaffirme sa disponibilité à contribuer à une dynamique continentale forte en faveur de la justice fiscale, de la transparence et de la lutte contre les flux financiers illicites.
Je formule le vœu que Dakar marque une étape décisive : celle du passage d’une ambition partagée à un programme africain concerté, opérationnel et mesurable.
Sur ces mots, je déclare ouverte la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité
Je vous remercie de votre aimable attention.
